Djamo ne devient pas seulement un acteur de la microfinance. Il assemble une plateforme financière.

Par Boubacar Sidiki TRAORE, le 28 septembre 2026

Le vrai concurrent de la microfinance n’est peut-être pas une autre institution de microfinance.

C’est peut-être l’application que le client utilise tous les jours.

En Côte d’Ivoire, le secteur comptait 45 SFD agréés à fin 2025. Djamo Finances en fait désormais partie.

Djamo ne domine pas encore la microfinance par la taille.

Mais il peut la challenger par le modèle.

La rupture ne tient pas seulement au fait de proposer du crédit dans une application.

Elle tient à l’assemblage progressif de plusieurs briques dans une même expérience mobile :

compte courant, carte bancaire, transfert, factures, épargne, investissement et crédit.

Le crédit n’est alors plus un produit isolé.

Il devient une étape possible dans une relation financière continue.

Dans la microfinance traditionnelle, le crédit commence souvent par une demande : dossier, justificatifs, analyse, validation et se déplacer sur site.

Dans un modèle digital, il peut commencer bien avant.

Il commence dans l’usage.

Recevoir son salaire, payer, transférer, épargner, utiliser sa carte et construire un historique.

Le KYC n’est alors plus seulement une obligation réglementaire.

Il devient une base de connaissance client.

Et la donnée d’usage, un outil de décision.

C’est là que les banques, les SFD et les institutions de microfinance sont challengés.

Pas seulement sur le taux.

Mais, sur l’expérience client, la vitesse de décision, le scoring, le coût de traitement, le recouvrement et la rentabilité du modèle.

Orange Bank CI, nous rappelle justement que le crédit digital n’est pas rentable par magie.

Sur quatre exercices publiés, de 2020 à 2023, Orange Bank CI a cumulé environ 23,7 milliards FCFA de pertes nettes.

Ces pertes illustrent aussi le coût d’apprentissage d’un modèle : acquisition client, risque, scoring, traitement, recouvrement et profondeur d’usage.

Et l’enjeu est considérable : en 2025, les transactions via la téléphonie mobile dans l’UMOA ont dépassé 164 000 milliards FCFA.

Wave Mobile Money a bousculé le mobile money par le prix, la simplicité et la distribution terrain.

Djamo peut aujourd’hui bousculer la microfinance par l’usage, la donnée et l’expérience client.

La vraie question n’est donc plus seulement :

« Qui prête ? »

Mais :

« Qui connaît suffisamment le client pour lui proposer le bon crédit, au bon moment, avec le bon niveau de risque, dans un modèle rentable ? »

Pour les banques et les SFD, l’enjeu n’est plus seulement de digitaliser les parcours existants.

C’est de repenser le modèle à partir de l’usage réel du client.

Structurer avant d’accélérer.

Thèmes : Fintech, Microfinance, Credit, Banque, CotedIvoire, UEMOA

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