50 % utilisent des services de paiement, seulement 8 % le crédit formel

Par Boubacar Sidiki TRAORE, le 30 août 2026

En dix ans, la Côte d'Ivoire a profondément transformé son paysage financier. Le taux d'inclusion financière est passé de 34 % à 58 % entre 2014 et 2024, porté notamment par le mobile money.

Une autre réalité apparaît : nous avons largement démocratisé la transaction. Nous avons beaucoup moins démocratisé la capacité de financement.

La prochaine bataille sera celle de la conversion : transformer un historique de flux en information utile à l'évaluation du risque ; et cette information en capacité de financement.

Pour y parvenir, il faut rendre davantage de ménages, d'indépendants et de petites entreprises finançables, tout en permettant aux prêteurs de financer durablement ces profils.

Pourquoi le modèle bancaire bute

Les banques savent historiquement évaluer et porter le risque de crédit. Mais leur modèle fonctionne mieux lorsque les revenus sont réguliers, formalisés et documentés.

Or, une partie importante de l'économie ivoirienne fonctionne autrement : revenus réels mais irréguliers, activités rentables mais peu documentées, garanties limitées.

C'est là que la donnée transactionnelle peut changer l'équation. Les flux observés sur un portefeuille mobile, un compte bancaire ou une application financière permettent de mieux apprécier la régularité des entrées, les dépenses, l'épargne et la stabilité des revenus.

La finance digitale peut ainsi compléter : « Que déclarez-vous ? » par : « Que montrent réellement vos comportements financiers ? »

Mais la donnée ne résout pas tout

Elle réduit l'incertitude. Elle ne crée pas de revenus et ne supprime pas le risque.

Car après Transaction → Donnée → Scoring → Crédit vient une étape décisive : le remboursement. Si le recouvrement d'une créance légitime devient long, coûteux ou difficilement exécutoire, le risque augmente. Et ce risque se retrouve dans les taux, les montants accordés, les critères d'éligibilité ou la décision de ne pas prêter.

L'État et le régulateur ont donc un rôle majeur : renforcer l'infrastructure de confiance nécessaire à un marché du crédit responsable. Identité fiable. Information de crédit efficace. Partage des données encadré. Recouvrement prévisible. Protection de l'emprunteur.

La prochaine révolution du crédit digital ne sera pas seulement technologique. Elle sera aussi bancaire, réglementaire et institutionnelle.

La question est : qui saura le mieux combiner la donnée, l'évaluation du risque, la capacité de financement et une infrastructure crédible de remboursement ?

La donnée peut rendre une partie de l'activité informelle plus visible. Mais elle ne suffit pas à rendre le risque finançable.

La première révolution financière a été celle de l'accès. La prochaine sera celle de la conversion : transformer l'inclusion financière en véritable capacité économique.

Sources : APIF-CI, Rapport inclusion financière 2025 ; Banque mondiale, Global Findex 2025.

Thèmes : Finance, InclusionFinancière, Stratégie

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