Par Boubacar Sidiki TRAORE, le 24 août 2026
Les 8 et 9 juillet 2026, la Côte d'Ivoire a réuni à Abidjan plus de 3 600 participants, dont plus de 2 000 investisseurs issus de 49 pays, autour du financement du PND 2026-2030.
À l'issue de cette séquence, le ministère du Plan a annoncé environ 80 milliards de dollars d'engagements, soit près de 47 820 milliards de FCFA. Le chiffre est considérable. Il représente environ quatre fois l'objectif initial de mobilisation auprès des partenaires.
Mais il faut résister à une confusion fréquente : un engagement annoncé n'est pas encore un investissement exécuté.
Le PND 2026-2030 représente 114 838,5 milliards de FCFA d'investissements programmés sur cinq ans, dont 70,2 % attendus du secteur privé. Le véritable enjeu économique commence donc après les annonces : transformer progressivement les intentions, accords et financements en projets contractualisés, exécutés, puis en capacités productives réellement utilisées.
C'est là que se joue la différence entre un plan de développement et une transformation économique.
Le passage du financement à la commande
Lorsqu'un projet entre dans un plan de passation des marchés, lorsqu'un avis général de passation paraît ou lorsqu'une étude préparatoire est financée, le marché commence à devenir concret. Attendre l'appel d'offres final peut alors signifier arriver trop tard pour construire les bons partenariats, mobiliser les références nécessaires ou comprendre l'écosystème du projet.
La capacité d'exécution
Les infrastructures, l'énergie, la santé, l'agro-industrie ou la transformation numérique ne créent de valeur que lorsqu'elles sont livrées, exploitées et intégrées dans les chaînes de valeur existantes. La question n'est donc pas seulement : « combien a été financé ? », mais aussi : « quelle capacité nouvelle sera effectivement disponible, à quelle date et avec quel impact sur les entreprises ? »
La place du secteur privé
Avec plus de 80 000 milliards de FCFA attendus du privé sur la période, celui-ci n'est pas seulement appelé à répondre à des marchés publics. Il devra aussi investir, cofinancer, exploiter des infrastructures, développer de nouveaux services et prendre des décisions de localisation, de capacité ou de transformation industrielle.
Quelques signaux récents montrent déjà ce passage vers l'exécution. Le 13 août, la Banque africaine de développement a publié un plan de passation des marchés relatif au PROSER, dans un contexte où PROSER II représente 234,56 millions d'euros d'investissements dans les infrastructures électriques. Le même jour, la Banque a rendu public un financement de préparation d'un PPP destiné au développement de services de laboratoires de biologie et d'imagerie médicale dans six pôles régionaux d'excellence de santé.
Ces signaux sont moins spectaculaires qu'un montant de plusieurs dizaines de milliers de milliards de FCFA. Pourtant, ils sont souvent plus utiles pour une entreprise : ils indiquent où un projet commence réellement à prendre forme.
Pour les DG, investisseurs et cabinets qui veulent participer au cycle 2026-2030, la bonne question n'est donc plus seulement : « quels sont les grands projets du PND ? » Elle devient : « à quel stade se trouve chaque projet, qui le finance, comment sera-t-il acheté, qui l'exécutera et où pouvons-nous apporter une valeur réelle ? »
C'est probablement à cet endroit que se créera une partie des prochains avantages concurrentiels en Côte d'Ivoire.
Le PND donne la direction. Le financement donne les moyens. Mais c'est l'exécution qui produira les résultats.
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